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Retoucheur, métier de l'ombre mis en lumière

vendredi 14 septembre 2018

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  • Dominique Couto, retoucheur au sein de l’agence photographique de la Réunion des Musées Nationaux et du Grand Palais
    Dominique Couto, retoucheur au sein de l’agence photographique de la Réunion des Musées Nationaux et du Grand Palais


Voilà maintenant une quinzaine d’années que l’Agence a pris le tournant du numérique. Précurseur dans son domaine, elle a su rapidement appréhender les enjeux de cette transition technologique révolutionnaire. En passant d’une production photographique argentique à une production numérique, les employé-es de l’agence ont dû adopter de nouvelles pratiques professionnelles. C’est le cas de Dominique Couto, le retoucheur de l’agence.

Mini-entretien pour découvrir ce métier de l’ombre.
 

Comment définir le métier de retoucheur aujourd’hui ?

Très simplement, la retouche consiste à modifier des images à l’aide d’un logiciel de retouche. Le professionnel doit savoir estimer quelles modifications doivent être apportées à l’image pour la rendre la plus belle possible. Ce travail est d’autant plus important quand ces images sont commercialisées, comme c’est le cas dans une agence photographique.

Il faut bien avoir en tête qu’aujourd’hui, toutes les images sont retouchées. Qu’il s’agisse de retouches simples (enlever des tâches du capteur) ou plus complexes (enlever des éléments ou bien les déplacer), à partir du moment où on apporte des modifications sur le fichier original, on parle de photos retouchées.
 

Quelles sont les spécificités du métier au sein de l’Agence ?

Je suis là pour épauler les photographes. On vient me voir pour deux raisons principales : soit le photographe manque de temps pour réaliser les retouches sur ses photos, soit la retouche est plus compliquée à faire (neuf cas sur dix). Le temps passé sur la retouche d’une photo dépend du niveau de modification à réaliser. Je peux y passer 5 minutes, comme 3h ou bien une demi-journée, pour des cas exceptionnels. La principale spécificité à la Rmn-GP, c’est qu’on ne doit pas toucher au contenu. Par exemple, si l’œuvre photographiée est dégradée physiquement je n’apporte aucune retouche sur cette dégradation. On ne touche pas à l’intégrité de l’œuvre, mais on va travailler sur ce qui l’entoure, comme le fond ou bien l’éclairage par exemple.
 


Allégorie de la reine Marie Leszczynska, portant le médaillon de Stanislas Ier Leszczynski (1771), Musée du Louvre, photos © RMN-Grand Plalais (musée du Louvre) / Franck Raux

Comment se passe le travail entre le retoucheur et le photographe ?

Une fois la campagne de prise de vue réalisée, le photographe vient développer ses photos à l’agence. Nous allons échanger sur le rendu qu’il souhaite. Pour avoir le meilleur résultat possible, je dois pouvoir me mettre dans la peau du photographe et visualiser ce qu’il attend. Il s’agit d’une véritable collaboration entre le photographe et le retoucheur. Mais je dois également travailler en adéquation avec l’identité visuelle de l’Agence. Avec l'expérience, je prends aussi l’initiative de faire des retouches qui ne m’ont pas été demandées mais qui me semblent pertinentes pour la valorisation de l’œuvre. Car la finalité de notre travail, c’est bien de mettre en valeur les œuvres conservées dans les musées.

 

Est-ce toujours le même schéma de travail dans la collaboration avec le photographe ?

Il arrive parfois que le photographe vienne me voir avant la prise de vue d’une œuvre. Ça a été le cas dernièrement pour le tableau Prise de la smalah d’Abd-el-Kader (Horace Vernet, 1845), conservé à Versailles. Je me suis déplacé avec lui, afin de valider les photos directement sur place et ainsi avoir des fichiers pleinement exploitables lors de mon travail de retouche.

 


Echanges autour des conditions de la prise de vue du tableau Prise de la smalah d’Abd-el-Kader (21,39 m de large et 4,89 m de haut) au Château de Versailles
 

Comment se déroule, techniquement, une retouche « type » ?

Nous travaillons sur Photoshop © et avons des tablettes graphiques. Quand cela est possible, pour faciliter mon travail de retouche, le photographe va produire 3 ou 4 photos d’une même œuvre avec des paramètres différents. Ainsi je vais récupérer sur chacune de ces photos les éléments nécessaires pour constituer la meilleure image possible. En découpant et en superposant tous ces éléments, je produis une image de l’œuvre qui sera la plus proche de la réalité.


Cabriolet / Sjees (XVIIIème siècle), Compiègne Musée de la voiture, Photos © RMN-Grand Palais (domaine de Compiègne) / Tony Querrec


Quelles sont les autres relations de travail eu sein de l’agence ?

Je travaille bien évidemment avec le laboratoire numérique de l’agence, et plus particulièrement avec Jennifer Leopole, responsable de l’intégration des images, une fois celles-ci retouchées.

Parallèlement, je travaille également avec les documentalistes de l’agence. Je les tiens au courant des campagnes photos que je retouche, je leur dis quand j’ai fini mon travail et quand les images sont prêtes à être intégrées dans notre base.
 

Quelles sont les qualités requises pour exercer le métier de retoucheur ?

Si le travail d’un retoucheur est bien fait, il ne doit pas se voir. Il faut vraiment être passionné par ce que l’on fait. Si vous n'aimez pas profondément votre métier pour ce qu’il est, vous n’arriverez pas à être un bon retoucheur. C’est un métier de l’ombre et pour l’exercer, la principale qualité c’est l’humilité.

Si le bagage technique est important, il faut aussi avoir un certain sens de l’esthétisme et surtout ne pas hésiter à faire des propositions. Mais cela vient avec l’expérience. On arrive à mieux cerner les attentes et à mieux visualiser la finalité du travail. Avec cette même expérience, vous n'avez quasiment plus de contrainte technique.


Ce mini-entretien permet de mettre en lumière les pratiques de retoucheur au sein de notre Agence.