Le magazine


Prévert l'enchanteur

mardi 11 avril 2017

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  • Jacques Prévert à Tourettes-sur-Loup, Willy Ronis, Charenton-le-Pont, Médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine
    Jacques Prévert à Tourettes-sur-Loup, Willy Ronis, Charenton-le-Pont, Médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine
    (C) Ministère de la Culture - Médiathèque du Patrimoine, Dist. RMN-Grand Palais / Willy Ronis

En 2017 se multiplient les initiatives pour rendre hommage à Prévert l’enchanteur à l’occasion du 40ème anniversaire de la disparition du poète au talent si varié (4 Février 1900-11 Avril 1977).

Ainsi, au cours de sa 19ème année d’existence, le Printemps des poètes, manifestation culturelle par excellence s’emploie à diffuser ses textes, à le célébrer pour son esprit inventif, corrosif et toujours facétieux : « La poésie est partout comme Dieu n’est nulle part ».

A partir du mois d’Avril, allons à la découverte de cette personnalité si foisonnante en visitant la maison de Jacques, sa dernière demeure à Omonville-la-Petite. Une nouvelle exposition temporaire intitulée « Jacques Prévert, portrait d’un artiste » nous propose la rétrospective de la carrière artistique du poète.

Par ailleurs, « Paris-Prévert » paru récemment aux Editions Gallimard par Danièle Gasiglia-Laster, richement illustré de documents d’archives et de photographies révèle aussi à quel point Prévert a aimé Paris, sa ville de prédilection, source d’inspiration permanente dans ses poèmes, chansons et films. C’est aussi la capitale qui lui a offert ses plus belles rencontres artistiques (Yves Tanguy, Alberto Giacometti, André Breton, Robert Desnos, Pablo Picasso pour n’en citer que quelques-uns).

Il faut bien dire que faire le portrait de Prévert est une gageure tant cet artiste a de cordes à son arc : poète, scénariste, dialoguiste, parolier.

«Vous je ne vous regarde pas
Ma vie non plus ne vous regarde pas
J’aime ce que j’aime et cela seul
Me regarde et me voit
J’aime ceux que j’aime je les regarde
Ils me donnent droit.
»
(La Pluie et le beau temps 1956)
 

Se rappeler que dès l’école primaire, nous avons récité ses poèmes (Le Cancre, Page d’écriture Pour faire le portrait d’un oiseau…) extraits du recueil Paroles ce qui l’a propulsé en 1946 comme le poète le plus populaire. Vivant sa propre enfance avec une mère aimante et douce et un père anticonformiste et original, Prévert aura tout au long de sa vie à cœur de restituer et de partager avec ses lecteurs la magie de l’enfance.

« Les enfants ont tout sauf ce qu’on leur enlève. » (Spectacle 1951)

Se souvenir des chansons d’amour (Orange, Les feuilles mortes, Je suis comme je suis, Barbara…) que l’on fredonne toujours, de ces voix qui les ont portées et magnifiées comme celles de Juliette Gréco l’égérie de saint Germain des Prés, Yves Montand, Serge Reggiani, Marcel Mouloudji, Edith Piaf, la môme de la rue.

Se remémorer les chefs-d’œuvres cinématographiques des années 1937-1945 dont Jacques Prévert a écrit les scénarios et les dialogues avec une verve inégalable comme Les enfants du Paradis (1945), Quai des Brumes, Le jour se lève, Les visiteurs du soir, Les portes de la nuit, L’affaire est dans le sac.

Avec les répliques transcendées par le talent de ces acteurs :

La gouaille d’Arletty Garance : « Je ne suis pas belle… Je suis vivante… c’est tout ! »
Les enfants du Paradis de Marcel Carné (1945)

Le charme de Jean Gabin et de Michèle Morgan : « T’as d'beaux yeux, tu sais Embrasse-moi »
Quai des brumes de Marcel Carné (1938)

Le flegme de Louis Jouvet : « Moi, j'ai dit bizarre, comme c’est bizarre »
Drôle de drame (1937)

Se rappeler que dès l’enfance, Prévert sera profondément marqué par le sentiment de l’injustice sociale en accompagnant son père visiter les « bons » et les « mauvais pauvres ». Entre 1932 et 1936, il va rejoindre la troupe d’acteurs amateurs le groupe Octobre donc écrire et jouer, mêler théâtre et politique, créer pleinement le théâtre subversif, pour soutenir le monde ouvrier dans leur révolte.

«Un ouvrier c'est comme un vieux pneu,
Quand y'en a un qui crève
On l'entend même pas crever.
»
Extrait du pamphlet en soutien à la Grève des ouvriers Citroën 1933.

Se rendre compte que son esprit anticlérical, antimilitariste, anarchiste se manifeste pleinement dans ses écrits, dans ses collages, à travers sa participation très active au surréalisme. Au 54 Rue du château près de Montparnasse, lieu de bohême et de création collective, il inventera le mot «cadavre exquis» qui deviendra le jeu littéraire des surréalistes.

Se souvenir de cette voix particulière, reconnaissable entre toute, voix rocailleuse qui scande les vérités du présent sans concession, des portraits de Prévert photographiés par Brassaï, Willy Ronis le montrant toujours avec une cigarette au bec et un regard intérieur, sa nostalgie d’enfance peut-être...

« Ma vie n’est ni avant ni après elle est dedans »

Homme déterminé, généreux, si vrai si simple si fidèle en amitié (la bande à Prévert), Prévert l’enchanteur nous est forcément familier et reste dans notre mémoire collective, un être éternellement vivant. Notre sélection de photographies en témoigne.