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Joséphine Baker, une artiste et une résistante

mardi 14 mars 2017

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  • Josephine Baker, Wolf von Gudenberg, Germany, Berlin, Kunstbibliothek (SMPK)
    Joséphine Baker, Wolf von Gudenberg, Allemagne, Berlin, Kunstbibliothek (SMPK)
    (C) Droits réservés, Photo (C) BPK, Berlin, Dist. RMN-Grand Palais / Wolf von Gudenberg

La mythique meneuse de « La Revue nègre », a obtenu sa nationalité française en 1937, il y a donc 80 ans !

Née en 1906, Freda Josephine McDonald, Joséphine Baker (patronyme de son premier époux) était originaire du Missouri. Fille non-reconnue d’un homme blanc et d’une femme indienne, elle connait humiliation et pauvreté. Elle subvient aux besoins familiaux en dansant puis en s’émancipant par le mariage à l’âge de 13 ans.

Après un second mariage à 15 ans et de nombreux refus à Broadway, elle trouve sa place dans plusieurs comédies musicales : Shuffle Along, Chocolate Dandies, Plantation Club. Des rencontres mondaines vont ensuite lui faire traverser l’Atlantique.

Elle arrive en France à 19 ans pour se produire dans un spectacle s’inspirant de la vague négrophile qui déferlait alors sur la capitale française : la Revue Nègre au théâtre des Champs-Élysées. Cet établissement a déjà accueilli en 1919 l’exposition publique la Fête Nègre organisée par le marchand d’art Paul Guillaume. Cette américanisation de la culture française et des arts modernes est ressentie comme un événement artistique et anthropologique.

Vêtue d'un simple pagne de bananes, le nom de Joséphine Baker est alors définitivement associé au charleston et aux Années folles. La jeune femme noire remporte alors un éclatant succès mêlé d’ambiguïtés : érotisme contre sauvagerie, féminité contre androgynie et sensualité contre innocence. Elle devient avec Mistinguett, la reine du Tout-Paris !

Accompagnée de son léopard en laisse Chiquita, Joséphine fascine cubistes et surréalistes, collectionne les amants, dont Simenon et Hemingway, et aussi les maîtresses. Elle pose pour Picasso, Van Dongen, Jean Cocteau ou Man Ray. Elle apparaît également sous la plume de Fitzgerald, Colette et Paul Morand.

La chanteuse de J’ai deux amours, Mon pays et Paris obtient la nationalité française en 1937 et choisit donc de rester dans la capitale pendant la Seconde Guerre mondiale. Impressionnés par sa popularité, les nazis n’osent pas l’arrêter malgré leur mépris pour cette artiste “dégénérée”. Elle en profite pour transmettre secrètement, cachées dans ses partitions, des informations vitales pour la Résistance. Lorsque sa situation devient trop périlleuse, elle s’enfuit en Afrique du Nord pour se produire sur scène et distraire les alliés. Après la guerre, elle est décorée pour son héroïsme, chevalier de la Légion d’honneur.

Joséphine Baker, résolument antiraciste, continuera son combat dans la lutte pour les droits civiques et fera connaître en France l’action de Martin Luther King.

Après la guerre, ­l’artiste fonde une incroyable famille dite arc-en-ciel avec son mari, le chef d’orchestre Jo Bouillon en adoptant douze enfants de toutes origines. Joséphine Baker disait toujours : « Malgré les soucis, malgré les ennuis / Sourire, sourire toujours ».