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Odyssée photographique

mardi 13 septembre 2016

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Découvrez la prise de vue exceptionnelle du cabinet d’ébène dit de l’Odyssée.

« Cabinet. Espèce de buffet où il y a plusieurs volets & tiroirs, pour y enfermer les choses les plus précieuses, ou pour servir d’ornement dans une chambre, dans une galerie ». Définition du « cabinet » dans le Dictionnaire »  d’Antoine Furetière (1690).

Les débuts de l'ébénisterie

A la fin du règne d’Henri IV, venus d’Allemagne et de Hollande, s’installent à Paris les « menuisiers en eybene ». Au contact des artisans français, ils perfectionnent leurs techniques. C’est le début de l’ébénisterie. L’ébène sculpté ou gravé, est plaqué sur du bois local. Au lendemain des guerres de religion, le Royaume de France connaît un renouveau économique. Le cabinet, issu des cabinets germaniques et flamands, devient l’emblème du style Louis XIII. Laurent Septarbres, « menuisier faiseur de cabinets », s’installe à « la grande galerie du Louvre », suivi en 1616 de Pierre Boulle « tourneur et menuisier du Roy pour les cabinets en ébénisterie ». 

Un groupe de 9 cabinets de même facture à travers le monde

Le cabinet de l’Odyssée de Fontainebleau fait partis d’un groupe de neufs cabinets dit de « phase à encadrement architecturale ». Parmi eux se trouvent les cabinets du Musée du Louvre, du Metropolitan museum de New York,  du Rijksmuseum d’Amsterdam, des Fine Arts Museums de San Francisco, de l’Ermitage, du château de Windsor, du château de Serrant (collection privée), ainsi que les vantaux du musée national de la Renaissance à Ecouen. Ces cabinets semblent être rattachés à un contexte de production proche, autour des années 1640-1650, sinon à un même atelier. Si les archives ne permettent pas d’établir avec certitude des liens entre ces meubles, elles nous parlent néanmoins d’ébénistes tels que Louis Meek, Aubertin Goderon, et Jean de Milleville « ébéniste de la Reine et de son Eminence » (le cardinal de Richelieu). Ces ébénistes pratiquent la division du travail et collaborent avec des artisans spécialisés, pour les structures, dans la sculpture ou la gravure sur ébène.

D’après Th. H. Lunsingh Scheurleer, le cabinet de l’Odyssée de Fontainebleau aurait été réalisé par Pierre Gole en 1645. Né en Hollande vers 1620, au service du roi Louis XIV au milieu du XVIIème, ce dernier est formé à Paris par son compatriote Adriaan Garbrand, dont il épouse la fille. Th. H. Lunsingh Scheurleer lui attribue le cabinet du château de Serrant. Par comparaison successive, il lui attribue aussi les cabinets du Louvre, d’Amsterdam, de San Francisco, de Windsor, d'Ecouen. 

La mystérieuse histoire des scènes sculptées

Le cabinet de l’Odyssée est large d’un mètre quatre-vingt, profond de soixante centimètres, haut de deux mètres et entièrement plaqué d’ébène. A l’extérieur, huit scènes sont représentées. L’histoire des sculptures nous était restée mystérieuse. Par similitude avec plusieurs estampes, les scènes et personnages ont pu être identifiés. Ces scènes représentées sont consacrées à l’histoire d’Alexandre Le Grand dans la tradition du Roman d’Alexandre. Elles sont encadrées par trois vertus cardinales : la Prudence, la Justice et la Force. Certaines de ces estampes ont été réalisées par les deux artistes anversois, Martin de Vos et Jan Snellinck, et furent publiées à Anvers en 1586. Plus tardive, une septième estampe du florentin Antonio Tempesta, également publiée à Anvers (1608), les complète. La partie supérieure du cabinet de l’Odyssée dissimule un théâtre troglodyte décoré de matériaux précieux (ivoire, miroirs, bronze, cuivre, coquillage) et des tiroirs sculptés, inspirés d’un recueil de gravures « Les Travaux d’Ulysse » de l’artiste flamand Van Thulden, qui l’ont rendu célèbre. Ces bas-reliefs reproduisent les scènes conçues par Primatice sur les murs de la galerie d’Ulysse aujourd’hui disparue. 

Une cohérence thématique et chronologique avec la galerie d'Ulysse

La galerie d’Ulysse est édifiée à partir de 1536. La galerie est longue de 155 mètres sur 6,25 de large, ce qui est « sans précédent dans l’architecture française » (Sylvie Béguin, Jean Guillaume, Alain Roy, La Galerie d’Ulysse à Fontainebleau, Paris, 1985). Son décor sera confié à Primatice, artiste bolonais, le maître de Fontainebleau depuis la mort de Rosso en 1540. La réalisation du décor s’étalera jusqu’environ 1570 et sera menée à bien par Nicolò dell’Abate d'après les dessins du maître. Primatice illustra à travers cinquante-huit grandes scènes peintes à fresque, les pérégrinations d’Ulysse et son retour à Ithaque. La galerie fût admirée et recopiée par de nombreux artistes comme Rubens ou Poussin. Au début du règne de Louis XV, fort dégradée, elle est détruite en 1739 pour construire « l’Aile Louis XV ».
Les bas-reliefs mettent au même niveau le récit mythologique d’Ulysse et celui, fantastique, des aventures d’Alexandre. Le lien entre Ulysse et Alexandre ? L’ébéniste transcrit l’essentiel des scènes dans un format contraignant, simplifie pour rendre lisible sur l’ébène, retravaille les compositions pour les clarifier, les rééquilibrer, les insérer et les faire dialoguer. On y observe une véritable cohérence thématique et chronologique. 

Valérie Carpentier, conservateur du patrimoine au château de Fontainebleau, y voit une allégorie du pouvoir protégeant les arts.

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