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Les Diamants de la Couronne : Le Sancy, L’Hortensia, Le Régent

lundi 13 février 2017

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Cela faisait une trentaine d'années que les Diamants de la Couronne n'avaient pas été sous les lampes des photographes. Pour le tricentenaire de l'achat du Régent, le musée du Louvre nous a ouvert la vitrine des Joyaux de la Couronne pour une séance de prises de vues exceptionnelle, l'occasion de revenir sur l'histoire du Sancy, de l'Hortensia et du Régent.

Pierres aux noms mystérieux, ces trois diamants isolés furent sertis ou montés au gré de l’histoire pour les rois, reines, empereurs ou impératrices qui eurent l’heur de les porter. Les Inventaires de la Couronne permettent de connaître leur histoire très mouvementée.
 

Le Sancy, une histoire rocambolesque

Hormis une petite inclusion, la pierre en forme de poire est pure. Le Sancy est le plus grand diamant blanc parvenu en Europe au 16e siècle et le restera jusqu’à la découverte du Régent.

Une tradition ancienne le croyait issu du trésor de Charles le Téméraire et le désignait dans l’inventaire de la Couronne de France de 1691 comme le plus ancien diamant de la collection. En réalité, le diamant a dû parvenir en Europe à l’état brut depuis les Indes via Constantinople ou Venise.

A l’origine du nom mystérieux de cette pierre, Nicolas Harlay de Sancy, seigneur d’Issou, devient le propriétaire de deux diamants de légende : le Petit Sancy - ou Beau Sancy - et le Sancy - ou Grand Sancy. Il acquiert le premier avant 1589 mais la date d’achat du second reste méconnue. Il met en gage les deux diamants pour aider Henri III et Henri IV à lever des troupes armées, puis, en 1596, il tente de les vendre : il les négocie à Constantinople, puis avec le duc de Mantoue et avec le grand-duc de Moscovi. Finalement Jacques Ier d’Angleterre se porte acquéreur du Sancy, le Grand en 1604. Marie de Médicis en sera fort marrie, elle qui pressait Henri IV de l’acheter à son ami Harlay. Henri IV achète néanmoins le Petit Sancy pour la reine, un joli lot de consolation qui restera parmi ses bijoux personnels et ne sera pas versé à la Couronne de France : le Petit Sancy est actuellement conservé dans une collection particulière.

Henriette-Marie de France, épouse de Charles Ier et reine d’Angleterre porte le Grand Sancy comme Joyau de la Couronne d’Angleterre. Exilée lors de la Révolution d’Angleterre, elle l’emporte avec elle et le vend en 1657 au cardinal Mazarin, avec le Miroir du Portugal. En 1661, Mazarin lègue à la Couronne de France sa collection de diamants : les Dix-huit Mazarins. Le Sancy entre alors dans le Trésor de la Couronne de France et y demeure jusqu’au vol du Garde-Meuble de Paris en 1792. Il sera retrouvé en 1794 chez un certain Tavenel.

L’histoire des Joyaux de la Couronne est émaillée de mises en gage pour assurer les dettes de l’état : ainsi, le Directoire en manque d’argent suit la politique de la Monarchie et met en gage le Sancy chez le marquis d’Iranda. A son arrivée au pouvoir, Bonaparte, alors Premier Consul, dégage l’ensemble des joyaux, mais le prêteur a déjà vendu le Sancy, probablement à Manuel Godoy, Premier ministre espagnol. Le Sancy sera perdu pour la France  pendant 176 ans.

On retrouve sa trace en 1828 à Paris où Paul Demidoff offre à son épouse finlandaise Aurora Stjernval, le diamant acheté par son père, le prince Nicolas Demidoff. Il est en vente à Londres en 1865, puis présenté lors de l’exposition universelle de 1867. Acheté par le prince indien Sir Jamsetjee Jeejeebhoy, il change à nouveau de propriétaire pour revenir en Europe entre les mains de l’Anglais William Waldorf Astor qui l’offre en cadeau de mariage à sa belle-fille Lady Astor.

Exposé au Louvre en 1962 lors de l’exposition « Dix siècles de Joaillerie française », le musée français s’en porte acquéreur en 1976 grâce à l’aide la Banque de France, pour un montant d’un million de dollars. C’est ainsi que la fabuleux Sancy réintègre les collections nationales de France.

 

L’Hortensia, le diamant rose

De couleur pêche, l'Hortensia connu comme le Diamant rose à cinq pans tire son nom de la fille de Joséphine de Beauharnais, Hortense de Beauharnais.

Son origine demeure inconnue. On a longtemps pensé qu’il faisait partie d’un lot vendu par Jean-Baptiste Tavernier à Louis XIV. La première mention du diamant rose date de 1678 : le Sieur Alvarez, marchand de pierreries, est chargé de tailler le diamant rose à cinq pans. Sa taille est proche de celle du Diamant bleu. Il disparaît lors du vol de 1792 mais réapparaît dès 1793 et restera désormais dans les Collections nationales. Lors de la vente des Joyaux de la Couronne de 1887, il est exclu de l’aliénation des Joyaux : il sera affecté au Museum puis au musée du  Louvre.

 

Le Régent, le plus beau diamant du monde

La couleur du diamant est qualifiée dès le début comme « de la première eau » : d’une pureté exceptionnelle, la pierre est totalement incolore. Sa taille parfaite lui donne un grand pouvoir de dispersion, ses feux éclatent de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel.

Le Diamant est découvert en Inde, à Golconde, en 1698. Thomas Pitt, gouverneur du fort de Madras l’acquiert en 1702. Son fils, Robert Pitt, embarque sur Le Loyal Cook à Madras le 10 octobre, rapportant en Europe le plus gros diamant connu alors. Deux ans durant, le joaillier Harris travaille la pierre selon la technique novatrice de la taille brillant. Plusieurs pierres secondaires sont tirées de cette taille et vendues à Pierre Ier le Grand. La pierre principale est alors connue comme Le Grand Pitt ou Pitt Diamond.

Thomas Pitt la propose à plusieurs souverains européens, notamment à Louis XIV. Malheureusement les finances de la fin de son règne ne lui permettent pas de l’ajouter à sa prestigieuse collection. Profitant de la prospérité liée à l’essor du système financier de Law au début de la Régence, Philippe d’Orléans achète le Grand Pitt pour une somme de 2 000 000 de livres françaises. Le diamant intègre les collections de la Couronne de France, prenant le nom de Millionnaire, puis de Régent de France et enfin de Régent.

Volé lui aussi au Garde-Meuble en 1792, on le retrouve dans la plinthe d’un grenier l’année suivante. En 1797, il est mis en gage par le Directoire chez Treskow, banquier berlinois et récupéré en 1800 par Bonaparte, au même titre que le Sancy et autres joyaux engagés.

Sauvé de la vente en 1887, le Régent estimé à 12 millions de francs-or est affecté dès le début au Musée du Louvre.
 

 

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