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Mai 1968 et les mouvements sociaux de 1967-1968 en Allemagne

jeudi 03 mai 2018

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  • Vestiges de barricades, boulevard Saint-Michel à Paris, après les émeutes étudiantes de mai 1968
    Vestiges de barricades, boulevard Saint-Michel à Paris, après les émeutes étudiantes de mai 1968 de Günter Zint
    (C) BPK, Berlin, Dist. RMN-Grand Palais / image BPK (C) Droits réservés

Il y a 50 ans, la France entamait une période de manifestations étudiantes et de grèves générales d’ampleur inédite, donnant lieu à l’un des mouvements sociaux les plus importants de l’histoire du XXe siècle.

Rejet du conformisme politique, culturel, social, sexuel, Mai 68 est devenu un véritable symbole national.
 

Charge de CRS, boulevard Saint-Michel, 23 mai 1968 photographié par Gilles Caron. Photo (C) Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais / Philippe Migeat. 
(C) Gilles Caron / Fondation Gilles Caron

 

Alain Krivine (1941-) photographié par Angelika Platen. Photo (C) BPK, Berlin, Dist. RMN-Grand Palais / image BPK

 

Gare du Luxembourg, Paris photographie de Janine Niepce. Photo (C) Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais / Audrey Laurans. (C) Janine Niepce / Roger-Viollet
 

Si les événements de Mai 1968 sont bien connus en France, leurs origines complexes et leurs parallèles européens le sont parfois un peu moins.

Le rôle moteur joué par la contestation étudiante allemande dès le courant des années 1960 témoigne d’une forme de rébellion particulière dans un pays encore fortement marqué par son récent passé nazi. L’écart idéologique grandissant entre les différentes générations crée en R.F.A un antagonisme croissant et donne lieu à une forme de contestation précoce et virulente. Puisant ses références idéologiques dans le marxisme et le léninisme, le mouvement s’organise autour de l’ancien syndicat étudiant du SPD, le SDS (Sozialistischer Deutscher Studentenbund). Le SDS se radicalise dans le courant des années 1960, faisant émerger la Nouvelle gauche ouest-allemande.

 

Le mouvement donne peu à peu naissance à de nouvelles formes d’organisation sociale.

Les communautés intentionnelles libertaires, dont la plus célèbre, la Kommune 1, s’érigent en contre-modèle du concept traditionnel de cellule familiale. Les membres prônent la révolution sexuelle, en privilégiant le développement personnel de l’individu. Ils se font remarquer par des actions de provocation, dont l’attaque au pudding sur le vice-président américain Hubert Humphrey en visite à Berlin.

Vie quotidienne au sein de la commmunauté libertaire Kommune 1, photographie de Bernard Larsonn. Photo (C) BPK, Berlin, Dist. RMN-Grand Palais / image BPK

 

Membres de la commmunauté libertaire Kommune 1 dans la forêt de Grunewald. Photo (C) BPK, Berlin, Dist. RMN-Grand Palais / image BPK

 

De nouvelles formes d’actions apparaissent.

Lors de la visite du shah d’Iran en RFA en 1967, les étudiants organisent des manifestations de rue et des sit-ins à la Freie Universität de Berlin, dénonçant par la caricature l’impérialisme et la violence de la monarchie iranienne. Le 2 juin 1967, au cours d’une manifestation contre le shah, l’étudiant Benno Ohnesorg (1940-1967) est tué par un policier. L’évènement soulève une vague d’indignation et sera considéré comme l’un des éléments déclencheurs des émeutes de 1968. 

 

Manifestation contre la visite du shah d'Iran à Berlin-Ouest, dans la soirée du 2 juin 1967, photographie de Bernard Larsonn. Photo (C) BPK, Berlin, Dist. RMN-Grand Palais / image BPK

 

L'étudiant Benno Ohnesorg, mortellement blessé par un policier, Krumme Strasse, photographie de Bernard Larsonn. Photo (C) BPK, Berlin, Dist. RMN-Grand Palais / image BPK

 

L’un des ferments de l’idéologie SDS réside dans la contestation des guerres impérialistes menées contre les peuples du tiers-monde, en particulier la guerre du Vietnam. L’année 1968 débute par l’organisation, les 17 et 18 février, du Congrès Vietnam (contre la guerre du Vietnam et l’impérialisme) à Berlin. L’étudiant est-allemand Rudi Dutschke (1940-1979) en est l’une des figures emblématiques. La tentative d’assassinat dont il est victime le 11 avril 1968 donne lieu à une vague d’affrontements entre étudiants et policiers. Dans les jours qui suivent, des émeutes éclatent à Berlin et Munich contre le groupe d’édition médiatique Axel Springer : accusée d’attiser la haine du peuple contre les étudiants, la rédaction du journal Bild Zeitung est saccagée.

 

Réunion du Tribunal international contre les crimes de guerre commis au Vietnam, organisée par l'Union socialiste allemande des étudiants (SDS), photographie de Klaus Mehner. Photo (C) BPK, Berlin, Dist. RMN-Grand Palais / image BPK. (C) Droits réservés

Manifestation à Berlin après l'attentat contre Rudi Dutschke, photographie de Klaus Mehner. Photo (C) BPK, Berlin, Dist. RMN-Grand Palais / image BPK. (C) Droits réservés

 

Depuis 1966, le SDS constitue une force d’opposition extra-parlementaire.

En mai 1968 sont organisées des manifestations contre l’adoption par le Bundestag de la loi sur l'état d'urgence, prévoyant une extension du pouvoir exécutif et une restriction des libertés fondamentales en RFA.

Manifestation à Francfort contre le projet de loi sur l'état d'urgence, photographie de Abisage Tüllmann. Photo (C) BPK, Berlin, Dist. RMN-Grand Palais / image BPK. (C) Droits réservés

Des émeutes se poursuivent à Berlin-ouest et les grèves s’étendent aux grandes universités de la R.F.A.

 

Daniel Cohn-Bendit, membre du SDS, lors d'un discours, photographie d'Abisag Tüllmann. Photo (C) BPK, Berlin, Dist. RMN-Grand Palais / image BPK. (C) Droits réservés

En Octobre 1968 , à la foire du Livre de Francfort, une action est menée par Daniel Cohn-Bendit contre Léopold Sédar Senghor, titulaire du Prix de la paix des libraires allemands, et contre Eugen Diederichs Verlages, son éditeur.

On reproche notamment au président sénégalais sa répression du mouvement étudiant de Mai 68 à Dakar. Suite au blocage de la Foire du Livre, Daniel Cohn-Bendit est arrêté, puis condamné à une peine de prison avec sursis.

 

Manifestation de l'Union socialiste allemande des étudiants (SDS) à la Foire du livre de Francfort, photographie d'Abisag Tüllmann. Photo (C) BPK, Berlin, Dist. RMN-Grand Palais / image BPK. (C) Droits réservés

 

Après les évènements de 1968, le mouvement étudiant se scinde en plusieurs groupes. Une minorité se radicalise vers l’activisme violent : c’est le cas de l’organisation terroriste Fraction armée rouge, également connue sous le nom de Bande à Baader. Emergent également des petits groupes d'extrême-gauche, les K-Gruppen, qui disparaitront peu à peu dans les années 1980. D’autres étudiants s’engagent en faveur de la défense de l’environnement, donnant progressivement naissance au parti des Verts.

 

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