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L'esprit de Montmartre

jeudi 30 novembre 2017

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  • Scène de fête au Moulin Rouge, Giovanni Boldoni, Vers 1889
    Scène de fête au Moulin Rouge, Giovanni Boldoni, Vers 1889
    (C) Musée d'Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt

La Renommée de Montmartre est internationale et ce quartier célèbre représente une certaine idée de la vie parisienne née au tournant des 19ème et 20ème siècle.

Montmartre, capitale des plaisirs

Quartier très populaire à la fin du XIXème siècle, Montmartre devient le lieu de création où la bohème s’installe. Lieu de légende proclamé pour la première fois capitale de Paris au cabaret « Au Chat noir », on le considère surtout comme la capitale des plaisirs.

Le haut Montmartre qui ressemble jusqu’en 1914 à un village, avec ses moulins, ses vignes, son air pur, ses logements à bas-prix attire de nombreux artistes qui font le choix de s’y installer souvent dans la précarité avec avant-tout le souci de préserver leur liberté.

Le bas-Montmartre, zone consacrée aux plaisirs, abrite dans les années 1880 outre les nombreux cabarets comme le Chat Noir ou le Moulin Rouge, une population très disparate et parfois sulfureuse : marlous, souteneurs et prostituées.

Les divertissements n’y manquent pas, donnant lieu à une véritable industrie du spectacle. En cette fin de siècle, la publicité se met en place pour inviter le public à découvrir les artistes. Les revues mais surtout les affiches vont illustrer magnifiquement l’esprit de l’époque. Jules Chéret, pionnier de l’art, de l’affiche capte avec bonheur les lieux de scène et influence Toulouse-Lautrec. Ainsi l’impact de l’affiche « Le moulin rouge » est retentissant et contribue au succès de l’artiste, du cabaret, de la Goulue et de Valentin le désossé. Fréquentant assidument les fameux cabarets de Montmartre, Toulouse-Lautrec devient le chroniqueur le plus assidu de ces  moments de scène.


Moulin Rouge : la Goulue, Henri de Toulouse-Lautrec
(C) The Metropolitan Museum of Art, Dist. RMN-Grand Palais / image of the MMA

 

Le théâtre, la chanson, le cirque, la danse ont la part belle sur la Butte. Le tout-Paris vient s’encanailler découvrant les têtes d’affiches de Montmartre, les voix d’Yvette Gilbert « la diseuse de fin de siècle » et d’Aristide Bruant, chansonnier réaliste et provocateur notoire, de nouvelles danses comme le quadrille, le chahut et plus tard le french-cancan qui inspirera Jean Renoir en 1954.

L’envers du décor

Cette belle époque dans un monde en pleine mutation n’est pas toujours heureuse et les fêtes ont aussi leur revers. L’effervescence affichée ne doit cependant pas faire oublier les fléaux du siècle : l’alcoolisme, la prostitution, la misère humaine qui font des ravages. Un artiste comme Toulouse-Lautrec, observateur du réel, peint ce monde cruel et donne à voir la lassitude extrême des corps de prostituées avec une profonde humanité, le client de passage, la mère maquerelle.


Seule, Henri de Toulouse-Lautrec, 1896
(C) RMN-Grand Palais (musée d'Orsay) / René-Gabriel Ojéda

 

La consommation de l’absinthe, ce fameux poison vert si prisé dans les cafés, détruit ceux qui en deviennent dépendants. L'abus d’alcool, dérivatif à la pauvreté et à la misère humaine, a des conséquences dramatiques. Certains artistes comme Toulouse-Lautrec ou Maurice Utrillo en meurent. Paradoxalement, Suzanne Valadon connait le succès lorsque son fils, Utrillo décline.

L’esprit Montmartrois a bousculé les conventions, libéré les corps et les esprits, cassé les codes sociaux, inventé les fêtes pour noctambules. Les artistes illustres nous ont laissé des témoignages pittoresques de cette période créatrice qui ne doivent pas occulter les dérives destructrices des plaisirs défendus.

« Montmartre a ses traditions. Boire n’est rien si l’on n’est pas saoul. A l’ivresse se mesure le talent » - Pierre Mac Orlan