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Hommage à Charles Baudelaire

jeudi 31 août 2017

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  • Portrait de Baudelaire, Gustave Courbet, musée Fabre à Montpellier
    Portrait de Baudelaire, Gustave Courbet, musée Fabre à Montpellier
    (C) RMN-Grand Palais / Agence Bulloz

A l’occasion du 150ème anniversaire de la mort de Charles Baudelaire (1821-31 Août 1867), rendons hommage à cette personnalité inclassable, pétrie de contradictions et si souvent ambivalent : Poète incarnant la modernité mais aussi critique d’art incontournable le plus clairvoyant de son époque.

Mort de syphilis à 46 ans, Baudelaire traverse la vie dans la frustration et la douleur. Le remariage de sa mère, le procès des Fleurs du Mal, la maladie sont les grandes épreuves de sa vie. Personnalité profondément complexe et originale, il vit avec excès l’ivresse des paradis artificiels et ressasse la douleur de ses amours avortés. Pourtant ce sont ces échecs qui font de lui pour l’éternité le poète absolu inscrit dans la modernité.

Baudelaire s’identifie au dandysme : « Le dandy doit aspirer au sublime sans interruption ». Pour cet artiste, il est essentiel d’avoir un esprit critique, de le manifester en toute occasion. A ses yeux, un poète est nécessairement critique.

 

Un homme dans son siècle

Trois transformations radicales ponctuent son enfance et déterminent sa vie et son œuvre : l’invention de la presse moderne, l’apparition de la photographie, la naissance de la ville moderne. 

Baudelaire est l’observateur le plus attentif des progrès apportés par la révolution industrielle et aussi le critique le plus virulent considérant le progrès comme le symbole de la décadence morale.

Alors qu’il a pourtant collaboré avec la presse pour publier ses poèmes et diffuser ses articles de critique d’art, il manifeste sa haine contre ce médium.

« Les journaux à grand format me rendent la vie insupportable ».
« Je ne comprends pas qu’une main puisse toucher un journal sans une convulsion d’horreur. »

La photographie, développée après les premiers daguerréotypes en 1837 devient rapidement à la mode. Le poète voit la photographie comme la décadence de l’art. Pourtant, les portraits de Baudelaire réalisés avec talent par Nadar et Carjat prouvent qu’il accepte de se prêter au jeu, il est d’ailleurs l’un de leurs plus beaux modèles. Nadar devient tour à tour son ami et ennemi.

 


Charles Baudelaire vers 1863, Etienne Carjat, The Metropolitan Museum of Art/(C) The Metropolitan Museum of Art, Dist. RMN-Grand Palais / image of the MMA

 

Paris est une ville en pleine métamorphose : les chantiers gigantesques d'Haussmann, l’éclairage remplaçant les quinquets à l’huile, le développement des cafés et des boulevards. Baudelaire fréquente assidument les lieux publics mais son insatisfaction permanente liée à tous ces changements le conduisent à déménager très fréquemment. Il exprime son profond regret de voir disparaitre le vieux Paris ainsi dans un poème intitulé « le Cygne » extrait des Tableaux parisiens ou des poèmes en prose du Spleen de Paris.
 

L'artiste et ses contemporains

Baudelaire est reconnu comme le plus grand critique d’art de son époque et nous laisse tous ses commentaires regroupés dans un ouvrage intitulé « Ecrits sur l’art ». Son esprit si curieux, caustique, incisif, tour à tour rageur ou admiratif, nous fait voyager dans les salons de 1845, 1846, 1859, et dans l'Exposition Universelle de 1855.

Le Musée de la Vie romantique a réalisé en 2016 une exposition « L’œil de Baudelaire » qui révèle son esprit visionnaire, son insoumission, sa vision si sensible de l’art. Avec Baudelaire la critique devient un genre littéraire à part entière.

Choisissons quelques exemples manifestes qui témoignent qu’il vaut mieux être son ami que son ennemi.

Eugène Delacroix est son maître de prédilection qu’il découvre à 17 ans au château de Versailles en admirant « La bataille de Taillebourg ». Il fait la connaissance du peintre et devient un des fidèles de l’atelier de Notre-Dame-de-Lorette, écrit des articles élogieux et émouvants sur l’œuvre et la vie d’Eugène Delacroix publiés par l’Opinion nationale (1862 et 1863) et participe activement à l'hommage rendu à Delacroix.

Edouard Manet fréquente Baudelaire dans les cafés. Tous les deux ont des points communs : bourgeois, dandy, révolutionnant leur art sans le vouloir.

La première œuvre de Manet « Lola de Valence » enthousiasme Baudelaire par son érotisme qui lui inspire un quatrain.

« Entre tant de beautés que partout on peut voir
Je comprends bien, amis, que le désir balance
Mais on voit scintiller en Lola de Valence
Le charme inattendu d’un bijou rose et noir
 »
 


Lola de Valence, Edouard Manet, musée d'Orsay/(C) Musée d'Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt
 

Baudelaire évoque la modernité de Constantin Guys dans son texte « Le peintre de la vie moderne », fait l’éloge de Courbet militant républicain, défend les caricaturistes qui ne sont pas pour lui des artistes mineurs - en particulier Daumier, découvre et traduit avec talent Edgar Poe. Ce dernier est son double à travers son écriture et sa destinée malheureuse. Il reconnait le talent de Théophile Gautier également écrivain et critique d’art. Il a une relation ambivalente avec Victor Hugo dont la personnalité peut le déranger ou le séduire.

Sur Horace Vernet qu’il fustige particulièrement férocement :

« Monsieur Vernet est un militaire qui fait de la peinture. Je hais cet art improvisé au roulement des tambours, ces toiles badigeonnées au galop, cette peinture fabriquée à coup de pistolet, comme je hais l’armée… »

Baudelaire avait conscience de sa postérité à venir, observateur essentiel du renouvellement des arts, auteur génial des Fleurs du Mal , petit volume illustré en 1866 par Félicien Rops qui reste l’une des œuvres les plus illustres au monde.

 


Charles Baudelaire découvrant une charogne dans la végétation des "Fleurs du mal", Félix Nadar, Bnf/(C) BnF, Dist. RMN-Grand Palais / image BnF

 

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